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Ce quelque chose qui est là
Chantal Morel / François Jaulin, Roland Depauw

D’après Antoine Choplin / Mise en scène de Chantal Morel / Avec Roland Depauw et François Jaulin
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Mise en scène :
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D’après La Nuit tombée, d’Antoine Choplin
Musique de Patrick Najean

Cela aurait pu s’appeler Nous reviendrons bientôt. C’est ce que les habitants des villages autour de Tchernobyl ont écrit sur la porte de leur maison en partant… La nuit tombée, c’est l’histoire de Gouri qui revient à Pripiat, dans la zone interdite. Il veut y récupérer… Sur le chemin, il passera voir Iakov et Véra. Ils parleront. Boiront de la vodka. C’est tout. Les mots sont humbles. Cette histoire simple, et les contraintes qu’elles nous imposent pour se donner à voir et à entendre, nous conduisent à renouer avec ce qui, au théâtre, se noie dans les recherches de la technique contemporaine. Technique qui fut l’immense chantier d’Anders. « Le “trop grand” nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais complètement intouchés ; nous devenons des analphabètes de l’émotion. » Ainsi, l’humble et la mesure redonnent au théâtre de quoi se redresser de la honte qui le pousse à délaisser sa tâche la plus difficile : humaniser l’être humain. De plus en plus dans ce monde, l’expression « la moindre des choses » hante, on y puise l’humble et le petit. On y puise de ré-entrevoir quelque chose pour réduire, diminuer ce qui à l’extérieur enfle et se gonfle sur le dos de la vie intérieure de chacun… Ce chantier commença avec la parole de P., garde forestier entendu à la radio, pleurant la mort de son collège de travail et aussi le mal fait à la forêt… Continua avec la poésie de Jaccottet, pour que ce qui est là, devant nous, ne subisse aucune blessure due au regard, à la signification, afin que nous pressentions cette puissance silencieuse dont nous ne connaissons rien… Puis, tant il fut difficile de s’en tenir à cette beauté intouchée, intacte, le devoir de lucidité devant s’exiger de soi, nous fûmes conduits à ouvrir les livres de Günther Anders, le penseur de la catastrophe, de l’âge atomique. C’est ainsi que La nuit tombée d’Antoine Choplin croisa notre route et que ce petit livre fut ce qui nous manquait.

Chantal Morel