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Le Journal de Klemperer
Victor Klemperer / Guillaume Dujardin / Luc Schillinger

D’après le Journal de Victor Klemperer (1933-1945) / Mise en scène et adaptation de Guillaume Dujardin / Assisté de Raphaël Patout / Avec Luc Schillinger / En coproduction avec la Compagnie Mala Noche (Besançon)
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En 1933, Victor Klemperer, professeur de romanistique à l’Université de Dresde, fils de rabbin, converti au protestantisme, commence à écrire un journal. Adolf Hitler vient d’être appelé à la chancellerie par le président Hindenburg. S’ensuivra douze années de terreur pour Victor et Eva Klemperer. Mais à travers les pages de ce journal il tente une description méthodique de la machine hitlérienne. Comment cette manipulation des esprits peut-elle se mettre en place ? Et surtout Klemperer, philologue, étudie l’évolution de la langue allemande pendant le IIIème Reich : Goebbels, ministre de la propagande, met en place avec patience et minutie une langue comprenant toute l’idéologie nazie. Les habitants utilisant cette langue nouvelle finissent par la penser.

Victor Klemperer est vigilant. Sa première résistance est intellectuelle. Il remarque comment les universités sont dépouillées de leurs étudiants. Comment la presse est bâillonnée. Comment l’intelligence est ridiculisée. Comment les débats sont supprimés. Une vérité unique est lentement mise en place par les nazis. Les citoyens allemands doivent les accepter ou se taire. La peur est partout. Les mots sont dangereux. Ainsi Klemperer écrit avec force. Décrit avec passion. Et nous raconte sa douleur de voir ses concitoyens devenir des nazis. Sans réaction. Avec application.

Puis il raconte les humiliations. Comment il perd son poste à l’université, sa maison, sa voiture, sa machine à écrire. Comment il doit porter l’étoile jaune. Les tramways qu’il n’a plus le droit d’emprunter. Les restaurants dans lesquels il ne peut plus aller. Son chat qu’il doit faire tuer.

Puis il décrit les perquisitions. Quotidiennes. Avec ses coups, les objets brisés, la nourriture volée qui les accompagnent. Puis les arrestations. Des séjours en prison. Et ses rumeurs de camps dans lesquels les juifs sont emmenés. D’où ils ne reviennent pas. La peur est permanente. La faim est quotidienne. Mais il écrit. Il écrit toujours. Témoigner. Raconter. Résister. Victor Klemperer montre comment le mot « intellectuel » devient une insulte dans l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui quand je suis à l’Université, j’entends souvent des étudiants reprocher à un camarade d’être « intellectuel », « intello » c’est à dire ennuyeux, prétentieux. À nouveau. On nous refait le coup. « L’intellectuel contre le peuple ».

Que j’aimerais entendre ces étudiants dire : « Nous revendiquons ce mot. Nous aimons lire, penser, réfléchir. Nous sommes et serons des intellectuels. Nous en sommes fiers. « Intellectuel » ne sera jamais pour nous une insulte. »

Guillaume Dujardin

 

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